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Un village sur scène

Le Jpb Pays Basque / Kultura - 28/07/2007

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La pastorale de Camou-Cihigue sera donnée dimanche. Chants, danses et costumes dans la plus pure tradition, ce spectacle en plein air a mis à contribution tous les habitants du village pendant près d’un ans.

C’est tout un village qui s’apprête à sortir le grand jeu dimanche. A Cihigue, l’heure est aux derniers préparatifs pour la traditionnelle pastorale de l’année.

Pas moins de 120 bénévoles principalement originaires de Camou et de Cihigue sont sur le pied de guerre depuis plusieurs semaines maintenant. Demain, ils seront tous sur le terrain dès 8 heures du matin. Il faut dire qu’une pastorale aujourd’hui demande beaucoup de travail. Limité à une durée de trois heures, contre la journée entière jadis, ce spectacle en plein air nécessite une organisation très structurée. Les pastorales attirent en moyenne 3000 personnes, il faut donc des conditions d’accueil et de confort améliorées.

`Tout le monde a participé même les jeunes, on est un petit village et on est assez solidaires´ affirme Marianne Aguer, trésorière de l’association Bertz-Xiloa.

Depuis plus d’un an et demi ses huit membres travaillent d’arrache-pied pour préparer les représentations de demain et du 5 août prochain. Il a fallu mettre en place des `commissions´ comme le souligne Marianne. Entre l’atelier couture, la buvette, l’aménagement du parking ou encore l’acheminement du matériel, chaque habitant a son rôle à jouer.



Chacun son rôle

A 68 ans, Aña participe à la pastorale en tant que couturière. Depuis cinq mois, tous les samedis, cette jeune retraitée retrouve une douzaine de femmes du village pour coudre, piquer, assembler des mètres de tissu. Elles ont fabriqué plus de 80 costumes sous la direction du styliste Ramon Garcia, originaire de Renteria. Expert en la matière, il a déjà ¦uvré pour les pastorales d'Esquiule, d'Alçay, de Chéraute ou de Mauléon. Au total plus de 80 costumes, ceux des personnages traditionnels, des anges aux Turcs, ont été créés tout spécialement pour le spectacle. Une bonne vingtaine de tenues concernent l'époque de Louis XIV et de sa noblesse, le sujet de la pastorale. Pour Aña, couturière émérite, les séances de couture n'ont pas toujours été évidentes. `Les costumes de Louis XIV, c’est pas de la rigolade. Il y a beaucoup de rubans dorés, les gilets sont près du corps, les pantalons sont élastiques. C’est une couture très compliquée´.

Mais, promis, à part quelques petits boutons à recoudre, des vestes à ajuster et autres jupes à raccommoder, tout est prêt pour le spectacle.



Acteurs d’un jour

Côté comédiens, on répète depuis février, et à part le stress, les 79 acteurs semblent prêts également. La troupe composée principalement des villageois de Camou-Cihigue est guidée par Jean-Pierre Rekart.

Mécanicien le jour, il est l'errejent, ou metteur en scène, pendant son temps libre. C’est sa onzième pastorale, et celle de Camou-Cihigue sera un bon cru, apparemment. `C’est un village très sympathique, ils ont beaucoup de potentiel et j’ai repéré de très belles voix´. Pas facile pourtant de gérer 68 adultes et 11 enfants, tous apprentis-comédiens mais Jean-Pierre a sa technique `C’est vrai que c’est beaucoup de travail. Mais j’essaie toujours de ne pas froisser les gens. Je privilégie le rôle social´ assure-t-il. Un metteur en scène pédagogue qui est fier également de respecter la parité. En effet, depuis une quinzaine d’années seulement, les femmes peuvent participer aux pastorales. Avant, les rôles féminins étaient joués par les hommes.... `Moi, je mets les femmes partout´ promet Jean-Pierre.



Hommage à Eñaut Elizagarai

Junes Cazenave, le prêtre des villages de Camou et de Cihigue, a écrit la pastorale. Reconnu pour ses travaux sur la Soule, il est l'auteur de la pastorale de Sainte-Engrâce, l'an dernier. Il a choisi cette année de raconter le destin atypique de Eñaut Elizagarai. Ce Bas-Navarrais originaire d’Armendarits fit une brillante carrière de marin et devint lieutenant général des armées du Roi-Soleil.

Et c’est un habitant de Cihigue Nicolas Urruty qui a été choisi pour interpréter le premier rôle. `J’ai été très étonné, raconte-t-il, car il y a pas mal de belles voix dans le village. Eñaut Elizagarai, était surnommé cernau’ pour sa petite taille, et moi je suis pas très grand. C’est peut-être pour ça que j’ai été choisi. En tout cas c’est un grand honneur et je suis très fier. Nicolas a 45 couplets à déclamer et deux chants en solo. Ce magasinier n’est pas tout à fait un amateur. Il a participé à la mascarade de son village en 2002, il est aussi habitué à chanter dans toutes les fêtes locales.

Pendant deux mois, tous les matins, je répétais avant d’aller travailler. C'était un peu comme à l'école, quand j'apprenais une récitation.

Et c’est tant mieux car la répétition générale a eu lieu dimanche dernier. Le metteur semble plutôt rassuré : ça se présente très bien, il y a encore quelques erreurs d’alignement, de faux démarrages et quelques fausses notes. Mais le jour de la représentation ça se passe toujours bien.




Elizagarai, histoire d’un savant

Eñaut Elizagarai fut placé très jeune comme domestique dans des familles bourgeoises. Après des études de mathématiques, ce Basque de Basse-Navarre intègre l’académie des sciences et fait une brillante carrière d’ingénieur. `J’ai voulu présenter au mieux ce personnage´ affirme Junes Cazenave, auteur de la pastorale. Elizagarai était un homme très sympathique, un travailleur acharné considéré par Louis XIV. C’était aussi un savant dans le domaine maritime. A 30 ans, il invente les galiotes à bombes qui permettent de tirer des projectiles à plus de trois kilomètres dans l’axe des navires. Junes avait déjà écrit cette histoire, il y a 14 ans. `Une pastorale demande beaucoup de recherches, de documentation. Il faut ne rien inventer´. Un travail de longue haleine mais le curé de Cihigue avoue: `Comme toute ouvre littéraire, je ne calcule pas le temps passé à écrire une pastorale.´




Un budget conséquent

3500 euros de frais de mercerie. 30 000 euros pour la location des gradins.

Près de 6500 euros pour les livrets.

Une pastorale aujourd’hui coûte cher entre les costumes et le matériel, ce spectacle en plein air représente un budget de 135 000 euros.

`Le plus compliqué, ça a été de financer les gradins. On avait besoin de 30 000 euros. Heureusement, on a récupéré des sponsors´ affirme Marianne Aguer de l’association Bertz-Xiloa. Près de 230 artisans et commerçants des villages voisins mais aussi des villes comme Bayonne ou Hendaye ont permis d’apporter près de 25 000 euros. Le Conseil général, le Conseil régional, l’Office Public de la Langue Basque et l’association Udalbide subventionnent la pastorale à hauteur de 15 000 euros.

`Mais pour s’en sortir, on compte sur les entrées et la buvette´ ajoute la trésorière de l’association.


A 13 euros la place, l’association espère bien remplir les 4000 places pour ne pas être dans le rouge.





Source: http://www.lejpb.com/idatzia/20070728/art203517.php


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